Comment établir une liste d’ingrédients conforme

Pour les produits cosmétiques vendus dans l’Union européenne, la liste des ingrédients est bien plus qu’un simple élément marketing ou une exigence d’emballage. C’est une obligation légale qui vise à garantir la transparence, à faciliter le choix des consommateurs et à assurer la cohérence des informations sur l’ensemble du marché.

Une liste d’ingrédients conforme permet aux consommateurs d’identifier les substances qu’ils pourraient vouloir éviter, aide les autorités à vérifier le respect de la réglementation et facilite la communication tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Même si ça a l’air simple, établir une liste d’ingrédients demande une bonne compréhension des exigences fixées par la réglementation et les documents d’orientation publiés par la Commission européenne.

Le cadre réglementaire

Le principal cadre juridique régissant les produits cosmétiques dans l’ C’est le règlement (CE) n° 1223/2009 de l’Union européenne. Article 19 définit les exigences en matière d’étiquetage des produits cosmétiques, notamment l’obligation d’indiquer la liste des ingrédients sur l’emballage.

La réglementation exige que les ingrédients soient déclarés selon une nomenclature commune. Concrètement, ça veut dire qu’il faut utiliser la Nomenclature internationale des ingrédients cosmétiques (INCI), qui fournit des noms normalisés reconnus dans tout le secteur.

La liste des ingrédients doit être exacte, complète et conforme à la composition réelle du produit. Elle est donc étroitement liée au développement de la formulation, à la documentation sur les matières premières et à l’évaluation réglementaire.

Qu’est-ce qui est considéré comme un ingrédient ?

D’après la réglementation, on entend par « ingrédient » toute substance ou tout mélange utilisé intentionnellement dans un produit cosmétique au cours du processus de fabrication.

Toutes les substances présentes dans le produit fini ne sont pas considérées comme des ingrédients aux fins de l’étiquetage. Certains composants peuvent être exclus de la liste des ingrédients, notamment :

  • Les impuretés présentes dans les matières premières.
  • Matières auxiliaires techniques utilisées pendant la fabrication mais qui ne se retrouvent pas dans le produit final.
  • Les solvants ou excipients utilisés pour les parfums ou les composés aromatiques lorsqu’ils ne remplissent aucune fonction dans le produit cosmétique fini.

C’est important de bien comprendre ces différences, car mentionner des éléments qui ne sont pas des ingrédients peut compliquer inutilement les choses, tandis qu’omettre des ingrédients réels peut entraîner une non-conformité.

Énumérer les ingrédients dans le bon ordre

L’un des principes fondamentaux de l’étiquetage des ingrédients cosmétiques, c’est l’ordre de mention.

Les ingrédients présents à des concentrations supérieures à 1 % doivent être répertoriés par ordre décroissant de poids au moment où ils sont ajoutés à la formulation. Ça veut dire que l’ingrédient présent en plus grande quantité apparaît en premier, suivi de celui qui vient juste après, et ainsi de suite.

Dès que la concentration passe en dessous de 1 %, les ingrédients peuvent être énumérés dans n’importe quel ordre après ceux dont la concentration dépasse ce seuil.

Cette approche donne aux consommateurs une idée générale de la composition du produit tout en laissant une certaine marge de manœuvre pour les ingrédients présents en faible concentration.

Comme l’ordre des ingrédients est basé sur les données de formulation, il est essentiel de tenir à jour des registres de fabrication précis pour établir une liste d’ingrédients conforme.

Ingrédients botaniques

Les ingrédients botaniques demandent une attention particulière, car leur nomenclature est souvent complexe.

Les noms INCI des ingrédients d’origine végétale mentionnent généralement le genre et l’espèce botaniques, suivis de la partie de la plante concernée et du type de matière. Il peut s’agir, par exemple, d’extraits, d’huiles, d’eaux, de jus ou de poudres.

La mention exacte dépend de la nature de l’ingrédient fourni par le fabricant et de la dénomination INCI correspondante.

Utiliser la dénomination botanique INCI correcte, c’est important non seulement pour respecter la réglementation, mais aussi pour garantir la transparence et la cohérence sur tous les marchés internationaux.

Parfums et composés aromatiques

Les compositions parfumées sont traitées différemment de la plupart des autres ingrédients cosmétiques.

Au lieu de mentionner chaque composant d’une composition de parfum, les fabricants peuvent utiliser le terme «Parfum » dans la liste des ingrédients.

Par contre, certains allergènes présents dans les parfums doivent être mentionnés individuellement lorsqu’ils dépassent les seuils de concentration fixés par la législation sur les cosmétiques. Ces exigences visent à aider les consommateurs qui pourraient être sensibles à certaines substances parfumantes.

Les fabricants devraient donc examiner attentivement la documentation fournie par les fournisseurs de parfums et s’assurer que les déclarations d’allergènes correspondent bien à la composition finale du produit.

Les colorants et leurs règles spécifiques

Les colorants sont soumis à des dispositions spécifiques en matière d’étiquetage.

Pour la plupart des produits cosmétiques, les colorants sont indiqués à l’aide de leurs numéros d’index des couleurs (CI). Dans les produits de maquillage proposés en plusieurs teintes, comme les fonds de teint, les ombres à paupières ou les rouges à lèvres, les colorants peuvent être mentionnés selon la formule « peut contenir », à condition que les conditions réglementaires soient respectées.

Comme les colorants sont régis par des annexes spécifiques du règlement sur les cosmétiques, les fabricants doivent vérifier à la fois s’ils sont autorisés et s’ils sont correctement mentionnés sur l’étiquette.

Nanomatériaux

La réglementation européenne sur les cosmétiques prévoit des exigences spécifiques pour les ingrédients qui répondent à la définition d’un nanomatériau.

Lorsqu’un nanomatériau est présent dans un produit cosmétique, le nom de cet ingrédient doit être suivi du mot « nano » entre parenthèses. Par exemple, un ingrédient serait déclaré selon le format suivant :

Nom de l’ingrédient (nano)

Cette exigence permet de garantir la transparence quant à la présence de nanomatériaux manufacturés et favorise un choix éclairé de la part des consommateurs.

Erreurs courantes en matière de conformité

Beaucoup d’erreurs dans la liste des ingrédients trouvent leur origine bien avant la conception de l’étiquette. Les problèmes viennent souvent d’informations incomplètes sur les matières premières, de documents fournisseurs obsolètes, de changements de formulation qui ne sont pas pris en compte dans les maquettes d’emballage, ou d’une traduction incorrecte des noms commerciaux dans la nomenclature INCI.

Un autre problème courant, c’est de ne pas mettre à jour les déclarations d’ingrédients après une reformulation. Même des changements relativement mineurs dans la composition peuvent avoir un impact sur l’ordre des ingrédients, les déclarations d’allergènes ou la présence de certaines substances réglementées.

C’est pour cette raison que la vérification de la liste des ingrédients doit faire partie intégrante du processus de développement des produits et de contrôle des modifications.

Pourquoi les listes d’ingrédients sont importantes

Une liste d’ingrédients conforme n’est pas juste une formalité réglementaire. C’est l’une des manifestations les plus visibles de la transparence du produit et de la responsabilité réglementaire.

Lorsqu’elle est correctement établie, elle fournit aux consommateurs des informations fiables, soutient les activités de surveillance du marché et montre que le fabricant a mis en place des contrôles de conformité adaptés tout au long du cycle de vie du produit.

Alors que la réglementation sur les cosmétiques ne cesse d’évoluer, la gestion de la liste des ingrédients reste un élément essentiel pour garantir la conformité des formules. Établir cette liste avec précision dès les premières étapes du développement d’un produit permet de réduire les risques réglementaires et contribue à rendre le marché des cosmétiques plus transparent et plus fiable.